J’aurais pu vous parler de notre visite au Cimetière
américain de Colleville-sur-Mer en ce mardi. J’aurais pu vous dire qu’on s’est
encore fait mettre dehors du musée. C’est quoi l’idée de fermer ça à 18h? On
commence à être réveillées à cette heure-là, nous!
Y’a aucune photo ni vidéo qui peut réellement vous montrer
ce que c’est. Pis y’a aucun regard qui peut embrasser toute la scène. Alors, il
faut l’imaginer.
Contrairement au cimetière allemand qui était d’une grande
sobriété, celui de Omaha Beach est un peu plus militaire américain. Attention,
ça reste sobre quand même, mais la multitude des croix (et quelques étoiles de
David), toutes blanches, toutes alignées peu importe la direction, étourdit un
peu. Stéphanie, à la blague, a dit que c’était l’endroit idéal pour un obsessif
compulsif… Plus de 9000 soldats y sont enterrés, la très grande majorité
identifiés.
| Une des quatre tombes de femmes: Elizabeth Richardson était dans la Croix Rouge |
| Hommage à un soldat inconnu mais connu de dieu |
Le musée est fort intéressant. Un tout petit film d’une
dizaine de minutes rappelle l’histoire de trois jeunes américains qui se sont
enrôlés dans leur jeune vingtaine: l’un est devenu soldat, l’autre était pilote,
le troisième, médecin. Les trois ont débarqué en Normandie le 6 juin 1944. Et
les trois en sont morts dans les premiers jours de la bataille. J’ai encore
versé quelques larmes. Parce que je pense, parfois, à mes étudiants qui ont l’âge
de ces jeunes enrôlés. Je ne les verrais pas partir pour le front, là, là, tout
de suite. Pour aller défendre qui? Je pense que ces jeunes, en 1944, ne le
savaient pas vraiment. Ils ne savaient pas tout le poids qu’ils avaient sur les
épaules. Pas plus qu’ils ont su le rôle qu’ils ont joué dans l’Histoire.
Heureusement, il y a eu des rescapés pour en parler…
« Spirituellement, nous le sentons aussi proche de
nous que s’il était enterré aux États-Unis. Le savoir enseveli dans la terre qu’il
a survolée et contribué à libérer nous console. »
- Le père du sous-lieutenant Walter F. Perra (le pilote)
La patente gossante, là-dedans, c’est qu’il y a énormément
de gens qui visitent. On s’est d’ailleurs demandé si le cimetière n’avait pas
un peu l’image de la tour Eiffel. Genre-que-tu-vas-voir-la-tour-Eiffel-quand-tu-débarques-t’à-Périsse-pour-barrer-ça-de-su-ta-liste.
Est-ce que ce serait la même chose avec le cimetière américain? Est-ce que les
gens qui déambulaient entre les croix savaient réellement ce qui s’était passé
et pourquoi des jeunes sont enterrés ici? J’ose croire qu’on le leur a enseigné
ou qu’ils se sont renseignés, mais parfois, je doute…
J’aurais pu vous parler de tout ça. Mais j’ai plutôt décidé
de vous parler de notre soirée… où on aurait pu jouer à
Je-suis-riche-et-célèbre.
On a longé la côte et on s’est ramassées à Cabourg pour
souper. Cabourg, la ville de Marcel Proust, là où il aimait aller au Grand
Hôtel. Faut dire que l’hôtel en question est face à la mer, avec les immenses
fenêtres de la salle à manger qui donnent sur la mer, le bar sur la plage et
les parasols réservés. T’sais, quand t’es quequ’un… C'est d'ailleurs dans cet hôtel (et dans ces fenêtres) qu'a été tournée la dernière scène du film Intouchables, quand Driss abandonne Philippe à sa rencontre galante. Va falloir que je regarde encore ça en revenant...
On sent, dans les rues, la vieille
bourgeoisie de l’entre-deux-guerres. Mais aujourd’hui, c’est le touriste (un
peu riche) qui fait vivre la place parce qu’à côté du Grand Hôtel, il y a un
casino. Faut dire qu’au début des années 1970, Bruno Coquatrix en a été le maire,
le même Bruno Coquatrix qui était le propriétaire de l’Olympia à Paris, où se
sont produits les plus grands de la chanson: Michel Fugain, Joe Dassin, Gilbert
Bécaud, Johnny Hallyday, Dalida, Édith Piaf… Il savait donc comment redonner un
certain charme à une ville qui en manquait un peu! C’est quand même assez bien
réussi.
Mais, comme des pauvresses, on a mangé dans une pizzeria. On
était un peu tannées des moules et du poisson. C’est après qu’on a erré jusqu’au
bord de la mer, pour aller voir le stock de riches. Sur la plage, il se fait du char à voile le jour. Il y a aussi une piscine à l'eau de mer (mais qui sent le chlore pareil, on trouvait). On a marché le long de la
mer, sur la promenade Marcel-Proust. Et malgré la noirceur, on a réussi à
prendre quelques photos.
Au loin, on voyait les lumières des bateaux qui faisaient la
ligne pour entrer au port du Havre ou dans la Seine. Ça avait quelque chose d’hypnotisant.
Parce qu’on voyait aussi toutes les lumières du Havre et, on a voulu le croire,
la silhouette du pont de Normandie.
Mais le boutte, c’est quand même que Cabourg soit jumelé
avec Bromont, au Québec… Vous saviez ça? De rien, ça m'a fait plaisir.
J'ai visité le cimetière de Colleville-sur-mer en 1994, avec Jim et son papa. Le père de Jim était pilote de planeur dans l'US Air Force et s'est posé en Normandie en juin 1944 à D-Day + 1 en pleine bataille. Visiter ce lieu avec lui a été une expérience d'une émotion incroyable.
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